Jeudi 26 — Quand on découvre l’art de ces jeunes

Vers 7h j’émerge, rejoint les quelques personnes déjà au petit déj dans le réfectoire. Je commence à écrire.
Le car nous attend, moteur et clim tournent à vide. 8h et quelques, on bouge. On sort de la ville, les constructions laissent place à une auréole de déchets comme une agglomération périurbaine. Les déchets finissent par se raréfier, on découvre le désert. Grande plaine sans rien, du caillou, de la terre, du sable, tout juste quelques palmiers esseulés. Rien que du sec. Derrière les vitres on lit la chaleur, maîtresse des lieux. Puis le paysage commence à changer, des bosses et des creux se dessinent, la route propose ses premiers virages depuis notre arrivée à Tunis, épousant les douces ondulations du paysage. À l’horizon se présente la vieille montagne et après une heure de route il y a Matmata. Une ville perdue sur cette route qui se poursuit vers l’inconnu. Une ville plantée dans un stupéfiant décor de monts arides au possible. La transition, de la climatisation cajolante au dehors, est assommante. On erre quelques minutes avant de se réfugier dans le premier café, à cinq mètres du car.
Ali et Bahri nous dévoile le programme matinal qu’ils viennent de pondre. On monte au théâtre, en plein air et sans ombre. Mais c’est là qu’on s’arrête. Dans une courette attenante, on allume l’ampli sur batterie, on prend place sous l’ombre du seul arbre, on y va pour le réveil corporel. Par ce petit exercice le groupe prend du liant. Puis les comédiens et les danseurs se divisent pour des exercices. Avec Luce et Ali on sait pas trop où se mettre, du coup je danse, un peu en retrait des danseurs hip-hop que Christophe et Cécilia ont rapidement pris sous leur aile. Les comédiens sont à côté, ils forment une ronde entre deux murs et mènent des exercices d’échauffement avant de faire une marche aveugle à la Ici-Même. Vers midi on part arpenter Matmata, marcher sous ce plomb est éprouvant mais en découvrant les habitats troglodytes nous sommes hallucinés. On tombe dessus par surprise, ce sont des grands puits aux parois ponctuées de petites portes, des fois un palmier et un figuier vivent là. Décor de conte. On se glisse dans l’un des trous où Bahri veut nous faire visiter un troglodyte abandonné. La sensation de fraicheur est saisissante, même si la vingtaine de nos corps suintant réchauffent vite la pièce voutée. Après un nouvel arrêt pour s’avachir à l’ombre d’un arbre avec nos bouteilles de flotte, on reprend notre petite marche vers un restaurant où nous attendent des assiettes frites molles petite salade escalope de dinde. Je vais faire une croix sur l’idée de poursuivre le régime végétarien par ici, pas l’envie de faire chier ni de finir desséché.
On remonte dans le car, tout le monde s’écroule dans le sommeil et descendus à l’auberge de Gabès la pause se prolonge. Pour les uns sieste, d’autres partent en balade et le groupe de jeunes filent bosser leur pièce. Ils vont nous la jouer à 19h, ça va être un super moment je crois, tout le monde attend ça. À 16h30 notre petite clique de Français se réunit pour sauter dans des taxis et atteindre la plage. La grande plage est quasi-déserte et pas très belle, mais merde, que c’est bon, ce premier bain de mer de l’année, laisser aller nos corps encore meurtris par la chaleur de Matmata, dans les petites vagues de Méditerranée. On se dit toute la chance un peu étrange qu’on a d’être là et ça ricane en voyant les jolis coups de soleil de Yoann et Grégory.
Retour à l’auberge, où depuis tout à l’heure l’eau est coupée, histoire de rendre le truc un peu plus dépaysant encore et garder nos corps salés. Le spectacle est décalé à 21h. Avec Katell et Lucile on prend un nouveau tacos pour rejoindre quelques personnes du groupe parties boire un café. On atterrit dans un café lounge un peu à la noix, trois étages, de grandes vidéoprojections de concerts de stars pop aux faciès inconnus et un petit groupe de nos jeunes tunisiens en train de kiffer la fin du jour sur la terrasse. La nuit tombée, on redescend, les taxis, l’auberge, pour le spectacle. Décalé à 21h30. Le temps de prendre une douche, l’eau a fait son retour. Un peu après 22h, le spectacle va commencer.
J’entre le dernier dans le gymnase. Haute pièce carrée avec un grand tapis de mousses rouges et vertes au centre, encadré de bancs et d’engins de muscu, deux projos inondent d’un blanc cru. Là, alignés sur le banc du fond, les seize jeunes nous font face. Les garçons torses nus, pantalons noirs, les trois filles en robes, ils nous fixent, d’un air sûr, ni amical, ni défiant, juste ils nous regardent dans les yeux. Ils sont là, bien là, aucun doute. Rien que ça pose une atmosphère très forte, une tension. Le spectacle se déploie ensuite, ils se lèvent du banc les uns après les autres, commencent à se gratter frénétiquement, puis après ce tableau suit une série de duos, trios, groupes, mêlant danse et théâtre. On ne peut bien sûr pas comprendre leurs textes, mais la tension ne retombe jamais, les expressions de ces ados nous touchent, ils se donnent en entier et semblent à la fois tellement maîtriser le jeu, on devine les émotions, les histoires personnelles et collectives qu’ils racontent. Et la danse se glisse, interfère avec le texte et les acteurs, donne de la courbe et du mouvement à la pièce. Ce qu’il nous offre n’a rien d’un théâtre ronflant. Ce sont eux, seize personnes, mis sur une scène sans accessoires, et c’est foutrement beau de voir des ados se livrer ainsi, ils nous absorbent complètement, nous les adultes, qui d’un seul coup avons la certitude de n’avoir rien à leur apprendre d’important, qu’ils sont déjà si forts, si grands. On aura pas assez de ces quelques minutes d’applaudissements pour les remercier de ce qu’ils nous ont donné ce soir. Eux qui il y a quelques minutes faisaient encore les foufous dehors.
On quitte le gymnase avec des sandwichs entre les mains, on s’assoit tous ensemble sur la stade éclairé, engloutissons nos sandwichs bofs. La forme jouée ce soir est le fruit de plusieurs mois de taf pour acquérir des outils d’écriture, de jeu, de composition, pour au final écrire et monter cette pièce en trois jours. Les textes évoquent la violence qui les façonne. Atef, metteur en scène et formateur du Lang’Art, les a accompagné dans tout ça. Quelques uns d’entre nous prennent la parole pour livrer leur impression sur ce qu’ils viennent de voir.
Les jeunes partent ensuite de leur côté, continuer la nuit avec leur musique et leur plaisir immodéré pour la fête. Du notre, entre Français, on prend un temps ensemble pour imaginer ce qu’on pourrait leur proposer demain, profitant encore un peu de la fraicheur du soir.

Adrien

4 réflexions au sujet de « Jeudi 26 — Quand on découvre l’art de ces jeunes »

  1. Ich weiß auch nicht, meine Eltern haben mich nie wirklich mit Nachdruck an Kaffee rangeführt. Ich fand das Zeug schon immer irgendwie ecklig. Also alles was damit zu tun. Expresso, Latte und was weiß ich nicht alles. Immerhin esse ich jetzt mal Süßwaren mit Kaffee, also Mocca Pudding oder so. Mal auch nen Frozencapucchino. Aber sobald das Zeug die 10°C Marke überschreitet bin ich weg. Finde ich auch nicht unbedingt schlimm. Man kann bei Starbucks ja auch ne heiße Schokolade trinken.

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