Vendredi 27 — Autoportrait, improvisation, désert, plage, boom

Levé de bonne heure, Cécilia est déjà partie faire son footing. Les copains débarquent dans le réfectoire peu après 7h, avec Ali on descend au coin de la rue acheter quelques abricots, des bananes, un melon. On s’est fait enfler sur le prix mais on apprend plus tard que c’est juste les bananes, en Tunisie c’est cher.
Maintenant qu’on a trouvé une connexion wifi à l’auberge, on squatte comme des sangsues le bâtiment administratif.
Le réveil corporel est annoncé à 9h30, au gymnase. Les jeunes sont déjà au taquet, dansent, se sautent dessus, Cécilia et Christophe prennent ensuite les choses en main pour faire redescendre l’ambiance et tous nous convier à quelques étirements en rondeur. S’ensuit un atelier d’écriture animé par Katell, Dali comme interprète, on répond à un questionnaire servant d’amorce pour un autoportrait. Enfin, Christophe propose à tous d’écrire un mot qui nous passe par la tête, sur un petit papier, puis débute un travail d’impro où deux membres de l’assemblée, tirés au hasard, interprètent ce mot, tiré au hasard. Le premier duo propose une chamaillerie comique, le second un truc plus doux. Le troisième duo est ouvert à l’entrée en jeu d’autres acteurs-danseurs, ce qui ne manque pas de vite déborder avec Amine, des danseurs se lèvent à leur tour, tout est vite emporté dans l’énergie de ces jeunes. Eux au complet et presque toute notre équipe jouent, bougent, dansent ensemble, c’est périlleux, avec de beaux moments, des choses inconfortables aussi, maladroites peut-être, beaucoup, beaucoup d’intensité.
Quand ça s’arrête, que les corps retombent, on calcule toute la force qui vient d’être consommée ici.
Prochain rendez-vous à 16h au car pour aller à Zrawa. Le temps de débriefer l’atelier impro, de bosser un peu pour le blog, d’aller manger un couscous, acheter quelques fruits secs et amandes, taper une petite sieste. J’arrive un peu en vrac au car, parmi un petit groupe à la bourre.
On repart sur la route de Matmata, mais quelques kilomètres avant on bifurque à 90° sur notre droite, à nouveau voici le désert. Ça n’a pas l’air franchement plus accueillant qu’hier. Et me revient l’image de l’aride plateau castillan et ses pueblos qui errent dans la poussière.
Atef et Wael sont moyen clairs sur l’orga. Ils ont les rennes du groupe suite au départ de Bahri ce matin. Ni prévenus ni surpris, on se sent quand même un peu lâchés, surtout au moment de poser le pied sur le sol de la planète Zrawa qu’il voulait nous faire visiter. Petit lot de maisons basses, dévorées par le sable, la pauvreté et un décor aussi splendide que flippant.
La chaleur est impossible, pire qu’hier à Matmata, l’air pèse un poids terrible. S’ajoute au four, l’énigme : qu’est-ce qu’on fout là? Le programme prévoit d’aller bosser dans un théâtre à ciel ouvert. Bizarrement, pas grand monde semble saucé à l’idée de s’agiter dans ce sauna. Était aussi prévue la visite de la vieille ville de Zrawa. C’est à 15 bornes et le chauffeur ne veut pas nous y amener, la route étant soi-disant trop défoncée. Super, on a qu’à y aller à pied.
On est plantés là, comme ces bouts de sacs poubelle bleus qui trainent au sol, on se demande bien quoi faire. Les gamins du village, troupeau intrigué par l’atterrissage d’un vaisseau spatial dans son champs, viennent à notre rencontre. Ils causent d’une sorte de réservoir d’eau à quelques kilomètres, qu’on voit au loin, la piscine. On se dit pourquoi pas tenter, rien à perdre, puis des autochtones sur mobylettes viennent rentrer les mioches à la bergerie et nous déconseiller la piscine, ce serait crado. Bon. Quoi faire?
Finalement on remonte dans notre fusée climatisée, on se rentre à Gabès. On avale encore deux heures de route, avec la traversée d’un embouteillage ambiance coupe du monde ’98 pour la montée en première division du club local rouge et noir. Histoire de faire un truc hors de l’auberge aujourd’hui, on a proposé la plage. Quand nous descendons, la nuit est déjà en train de tomber. On se dit que c’est l’après-midi des mauvais choix, on prend tout ça avec le sourire.
Quelques uns se foutent en calebute et vont se jeter dans l’eau. Il y a pas à chier, c’est juste du bonheur. L’obscurité éteint le paysage petit à petit, Gregory poursuit l’écriture d’un texte avec Saïf, quelques danseurs s’animent. Alissone et Cecilia improvisent une performance filmée avec la lumière de téléphones. Images magiques qu’on est pas prêt d’oublier.
Dans la pénombre, à quelques dizaines de mètres, Ali remarque une masse sombre s’avancer sur l’eau, qui part vers le large, très vite disparait. Avec des silhouettes dessus. Boat people.
On rentre au bercail après une nouvelle traversée du carrefour aux supporters joyeux, le chauffeur nous offrant une petite manœuvre à sa sauce, une remontée du rond-point à contre-sens, entre un camion, des bagnoles et un essaim de mobs. Une fois relâchés dans notre quartier, Français et Tunisiens splitent à nouveau, nous retrouvons notre petit restaurant face au grand minaret pour une brick au thon. On prévoit de faire la bringue avec les ados ce soir, passer une soirée où on s’amuse ensemble est important. J’ai évidemment mon disque dur pour distiller des petites playlists Club de la Fête.
À l’auberge, les jeunes squattent encore le gymnase, danse et muscu, leur énergie semble inépuisable. À l’exception de trois dormeurs précoces, on se rejoint tous dans l’une de leurs chambres avec une enceinte pour commencer la boom, qui démarre bien, Grégory chauffe la salle, un petit battle de break s’impose, ça va de soi. Après quelques morceaux, on doit mettre en pause et migrer dans le gymnase, les voisins n’apprécient que modérément notre bordel. Après la chambre exigüe, la salle de sport nous semble trop grande et froide. Alors on éteint la lumière, la danse dans le noir c’est tellement plus planant. Première fête sans alcool depuis une éternité, c’est pas si mal, on se défoule, on vibre, les corps se tournent autour, se touchent, s’entrainent, le muscle si bien dessiné des adolescents luit dans la nuit.
Trois heures, on calme le jeu, chacun rejoint sa piaule, en nage. Douché, la tête sur l’oreiller, le muezzin chante son appel à la bonne nuit.

Adrien

2 réflexions au sujet de « Vendredi 27 — Autoportrait, improvisation, désert, plage, boom »

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  2. je suis Nicole Leblanc mon pere Damien nous avons été élevé a St- Francois jamais je ne n,oublierai les gens que j,aimes et mon beau village des gens vrais et sincere

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