Dimanche 29 — Journée de fête

Ce matin on se casse de Gabès pour Douz, plus à l’ouest. Avant le car, plutôt que de poireauter les mains dans les poches, les Tunisiens s’offrent une petite session breakdance devant des enfants du coin et leurs uniformes d’équipe de foot, les visages disent un mélange d’intrigue et d’admiration.
Nouveau voyage sur longues lignes droites à travers le blanc désert, tacheté de broussailles.
On arrive, on s’installe. S’avale des sandwichs agrémentés des premières bières du voyage, que Cécilia, Ali et François ont ramenés d’une épique virée en car dans le village d’à côté. L’alcool a été trouvé à un comptoir clandestin, les flics les ont arrêtés, fouillé le car. Sans suite.
Finalement, l’exercice vaguement prévu pour l’après-midi est annulé, repos. En guise de jukebox, l’enceinte des Danseurs Citoyens traine toujours par là avec un téléphone branché, celui de Yoann nous fait danser pendant une bonne heure, dans le sable, le chaud, pieds nus, un petit air rafraichissant passant par là. Douce euphorie dont on profite sans en laisser une miette, plongés dans notre espace-temps loin de tout. Quelques Tunisiens se réunissent pour discuter, autour d’Atef, petit à petit tout le monde les rejoint. Finalement, ça cause travail scénique, et un exercice d’impro est en train de se dessiner. Je préférais l’option annulation, que j’applique à moi-même, bonne petite sieste de trois heures dans la chaleur pesante de la chambre. Apparemment j’ai raté un super moment.
Maintenant on est pressé, on doit partir au mariage du frèro d’Oumaïma! Celles et ceux qui ont trimbalé au fond des valises quelques sapes classe sont pas peu contents de les enfiler, après s’être déssablés sous une douche. La palme revient à François pour son costume deux pièces gris clair chemise blanche, GourouGabès a aussi sorti la veste, Cécilia porte une petite robe légère qui nous laisse découvrir ses beaux tatouages, Alissone toujours si élégante avec une jupe wax motifs poissons et un haut à pointillés, unis par leur bleu outremer. Moi j’inaugure une paire de pompes ramenées de Cadiz et ma jolie chemise blanche d’Hanoï. Les filles pomponnées, le car peut à nouveau partir, sur les coups de 20 heures. On marque une pause dans une sorte de centre de loisirs, café-quad-ULM-dromadaire, propriété d’un Italien sans âge, aujourd’hui c’est dommage le vent, mais hier il faisait 10 degrés de plus, soit 49. On doit faire une photo de groupe mais finalement pas. Par contre Grégory ne rate pas l’attraction animale pour faire son numéro. Pour accompagner les dernières lueurs du jour, on fait quelques pas avec Ali dans la direction du désert, océan de sable, promesse d’aventures extraordinaires.
Ce sera pour un autre jour, maintenant on boit un coup tous ensemble avant d’aller au mariage, pendant que Wael et Atef sont partis acheter de la picole. À leur retour, il nous propose d’aller grailler dans un restaurant pas loin. Nous on avait compris qu’on mangerait au mariage. De toute façon, on n’a pas le choix, et puis on se sentira moins gêné comme ça. Débarquer à trente dans un mariage d’inconnus, c’est un peu bourrin je crois.
Le restaurant est fermé par d’épaisses grilles qu’actionnent deux hommes, les videurs. Dans ce «centre d’animation», on consomme de l’alcool, chose rare par ici. Les ados sont pas les derniers à s’enchaîner les canettes de bière et le chauffeur de bus, assis à ma droite, se tape des fous rires en solo, il a l’air chargé. On reprend la route, avec à bord une équipe de tournage sortie de nulle part, Blandine est une pote de Bahri et tourne un documentaire sur les Danseurs Citoyens. La vingtaine de minutes que dure le voyage jusqu’au mariage est pure euphorie, chauffés à blanc par la nouvelle fête qui s’annonce, les jeunes reprennent en cœur les chants que distille Mohamed, ça se déchaine dans le couloir, ça chante fort, claquent les mains. Le moment est un peu gâché par l’intrusion des cameramen qui bossent avec Blandine, intrusifs au possible, on se demande ce qu’ils foutent là, pourquoi ils filment ce moment, qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir faire dire à ces images ?
Ils nous collent aux basques jusqu’au mariage. On arrive enfin, vers 23h, à la salle louée pour l’occasion, grand bloc de béton orné d’une enseigne néon rose. De l’obscurité chaude des rues à peine éclairées de Kebili, on bascule à l’intérieur de cette boîte irradiée par une lumière crue, décor blanc blanc blanc et un froid climatisé à choper la chiasse. Une grosse centaine de personnes sont installées là, tournées vers la scène et ses colonnes n’atteignant pas le plafond, assises autour de tables rondes où sont parsemés verres et bouteilles d’eau. Les musiciens se mettent en action à notre entrée dans la salle, un hasard qui nous amuse bien, on se lance tout de suite dans une danse. On est bien les seuls à bouger notre cul. Oumaïma va nous placer dans le fond de la salle. On continue de danser, sur une musique traditionnelle qui fait saigner les oreilles, amplification merdique au possible. On croirait le concours de l’anti-fête. Mais les jeunes ont l’air de trouver ça chic et, ensemble, on forme un groupe archi-motivé, on a sacrément envie de profiter de cette fiesta promise. Quelques regards se tournent vers nous, on égaye l’attente interminable des mariés. Les musiciens stoppent net après une poignée de morceaux, s’ensuit un blanc, qui dure, on attend les mariés. Le temps de passer aux chiottes, les mariés sont arrivés. Ils sont assis sur la scène, plantés silencieusement face à nous tous, dans une pantoufle-traineau en cuir blanc capitonné. La musique reprend, on redanse, toujours à fond, dans notre coin, ponctuée d’une improbable chenille conduite par Saïf. Ça déride à peine quelques spectateurs. La musique s’arrête, on attend, on attend qu’ils signent le contrat de mariage. Ensuite on attend. On attend. Commence l’universelle séance photo. On fait notre photo de groupe, les joueurs infatigables encerclant les deux sages époux, elle énorme, lui tout frêle avec sa bouille de chaton imberbe. Et on se barre, ciao le paradis blanc.
Retour à notre auberge-camping par une micro sieste dans le car et fissa on organise le dernier épisode du jour, une fête comme on les aime. Équipé de l’enceinte amplifiée, mon ordi et playlists, on se retrouve dans la reconstitution d’un camp berbère, ambiance Quai Branly rongé par le sable, avec un feu qui crépite au centre et réchauffe vite la place. Tournent les bières et le pif et, toujours et encore, on danse, on danse. On ne peut pas mettre la musique bien fort, il y a des voisins, mais on danse quand même, ça ne s’arrêtera peut-être jamais qui sait? Le gardien vient plusieurs fois nous réclamer de baisser, jusqu’à nous couper l’élec. Zèbi. On finit la fête avec les haut-parleurs de l’ordi et Colette Renard, dédicace DJ Topless, on se rentre doucement vers nos plumards. Le ciel commence à s’éclaircir, le jour déboule. Avec Luce et Sonia, qui papotaient dans leur chambre, et Ali, on marche jusqu’à la dune, on n’a pas fini de rigoler. De là-haut, les pieds plantés dans le sable fin, quatre selfies, avec ce décor d’immense et plat désert. On assiste au plus beau des spectacles. Le lever du soleil.

Adrien

Atelier d’impro collective au camping de Douz

C’est un cadre de travail très accueillant que nous trouvons ce dimanche, en arrivant à Douz. Deux groupes sont formés pour travailler sur une improvisation collective de 10 minutes autour du sable et de l’eau. Le travail d’écriture autobiographique proposé par Katell quelques jours plus tôt peut y être intégré.

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Premier groupe de travail

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Deuxième groupe de travail

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Dernier instants de la journée au coin du feu.

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