Se retrouver, s’organiser, faire face

Ce matin, une partie de l’équipe se retrouve au Collège Théodore Monod. Nous sommes heureux de nous revoir mais l’ambiance n’est pas au top, beaucoup de stress, beaucoup d’incertitudes et ce profond sentiment de colère qui nous traverse tous. Il faut faire le point, s’organiser, essayer de se projeter dans la semaine qui arrive en démultipliant les scénarios. S’ils viennent ? S’ils ne viennent pas ? Est-ce qu’on maintient les ateliers avec les collégiens ? Et la performance de vendredi matin ? L’auberge de jeunesse, faut-il l’annuler définitivement ? Et le spectacle de demain ? Est ce qu’on essaye d’inventer autre chose à la place ?

Nous tentons dans le même temps de faire pression par tous les moyens sur l’ambassade afin de débloquer les visas de nos amis Tunisiens. Nous n’aurons pas de réponse dans la journée.

Une chose est sûre, toute l’équipe a envie de réagir et de prolonger le travail, d’essayer de faire vivre encore cet échange, peu importe les réticences, les peurs, le rejet de nos institutions. Nous sommes ensemble et nous allons continuer, continuer à écrire, à rêver, à jouer, à danser, ici au collège, en essayant de sensibiliser nos élèves qui sont loin de ces problématiques, en les embarquant dans l’aventure tant bien que mal.

Un nouveau programme se dessine pour cette semaine à Bron, moins dense, moins riche, moins exaltant, mais un programme tout de même ! Nous maintenons les rencontres avec l’atelier danse et l’atelier théâtre, ainsi que la performance de vendredi matin, prévue sur le parvis de la mairie. Nous avons envie de mettre au cœur l’absence de ceux qui nous ont si bien accueilli en Tunisie, et de leur envoyer tout notre soutien.

Alissone

Atelier d’écriture au collège Théodore Monod

Fermez les yeux.

Vous êtes en France / Tunisie, un paysage s’ouvre devant vous. Est-ce la ville ou la campagne ? Quel temps fait-il ? Comment se découpe la ligne d’horizon ? Quelles couleurs dominent ? Et la lumière ? Et les animaux ? La végétation ? Essayez de visualiser le plus précisément possible tous les éléments qui composent ce paysage.

Ouvrez les yeux.

Maintenant écrivez ce que vous avez vu, puis faites un petit croquis.

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Situation de crise : pas de visas pour les artistes tunisiens

Bonjour à tous.
Nous venons de passer une après-midi très difficile suite à l’annonce de Bahri : les visas n’ont pas été accordés aux Danseurs Citoyens. En effet il semble que l’Ambassade de France à Tunis ait jugé le dossier trop risqué — entendez « peur que les jeunes restent sur le territoire français » —, de plus ils sont considérés « sans ressources ». Seuls les trois danseurs ayant déjà eu un visa pour la France en ont obtenu un nouveau. Collectivement, ils ont décidé qu’ils viendraient tous ou ne viendraient pas.
Je ne m’étendrai pas sur le cynisme de la situation et la violence d’une telle décision pour ces jeunes artistes dont la présence n’est pas désirée sur notre précieux sol français. Cette situation est ignoble et inadmissible, empêcher ces jeunes de se déplacer, de voyager, de s’ouvrir à de nouveaux horizons, de grandir au contact d’autres cultures, voilà comment créer de la frustration et du ressentiment.
Avec l’équipe du collège (que je remercie de tant de dévouement et d’empathie) nous avons remué ciel et terre pour tenter de débloquer la situation, mais dans ces engrenages institutionnels nous nous sommes nous aussi fait broyer, de la même manière que Bahri et les jeunes danseurs en Tunisie.
Nous sommes extrêmement en colère et déçus de l’attitude de nos institutions, et nous percevons à quel point tout cela est politique. Comment est-ce possible que ce projet, soutenu par Euromed, articulé à un grand nombre d’institutions solides et reconnues, soit débouté la veille de son avènement ?
Chacun est en relation avec des personnes susceptibles d’intercéder en notre faveur. Le collège, la mairie de Bron, le centre chorégraphique Pôle Pik… chacun œuvrant à faire bouger les lignes de cette décision absurde et infondée, reflet des crispations sociales, politiques et identitaires que nous traversons.
Il est certain que les Danseurs n’arriveront pas dimanche.
Nous sommes en train de voir s’il est possible de décaler leurs billets d’avion de mercredi 8 à mercredi 15. Ensuite, dès lundi matin nous allons contacter l’Ambassade de France et les autres institutions concernées pour obtenir des visas.
Nous vous tiendrons au courant de l’évolution de la situation.

Alissone

Mercredi 1er juin — Retour en France, avant le grand débarquement des Tunisiens!

Le premier temps de l’échange Tunisie / France s’est terminé mercredi, après une dernière soirée mardi, chaleureuse, émouvante et dansante, nous avons pris notre vol pour rentrer à Lyon. Et dimanche arrive l’équipe Tunisienne sur le sol français! The show must go on!
En naviguant dans les catégories du blog, vous retrouverez tous les épisodes de «cette semaine extraordinaire, à la limite du surréalisme, tellement intense et riche que nous venons de passer!» comme le dit si bien notre irremplaçable GO.

En taxi de bon matin, direction Lang'Art
En taxi de bon matin, direction l’aéroport

« Je voulais vous dire à quel point mon intuition de départ avait été surpassée. Intuition un peu folle, mettre de l’énergie dans un projet pas tout à fait clair mais avec un potentiel certain, solliciter des personnes d’horizons différents, sur des champs disciplinaires variés, avec des pratiques singulières, en pariant sur la puissance de la rencontre et l’intensité du dépaysement. Vous entraîner tous sur des territoires incertains, dans un climat social de replis identitaire et de crispation politique, loin de nos zones de confort respectives. Mais parfois l’alchimie opère. Et cette alchimie subtile et fragile vous en êtes tous les chevilles ouvrière, chacun depuis vos préoccupations, vos centres d’intérêts, vos personnalités (là ça me donne envie de rire!).
Ainsi cette petite intuition s’est transformée en l’accomplissement d’un événement, celui de notre rencontre et de notre travail au cœur de cette équipe tunisienne. Chacun d’entre nous (Tunisiens comme Français) a été porté, je crois, par la puissance de l’expérience, entre moment de vie, création et pratique. C’est ce mouvement qui a rendu possible l’avènement d’un commun, aussi étrange et incongrue qu’il puisse paraître, au delà des frontières culturelles, disciplinaires et linguistiques, de la différence d’âge et d’expérience.
La générosité que chacun a projeté devant lui est peut-être ce qui caractérise et teinte cette aventure. Une aventure généreuse et tendre donc, rencontre fulgurante qui nous a vu danser, tenter de parler, écrire, composer, capter, pleurer, aimer, rire, vivre, ensemble. Tout cela dans une fluidité, une forme de simplicité arrivée de nulle part, présente comme une évidence.
Alors je voulais vous remercier de m’avoir suivie sans faillir (même au moment du départ de Bahri, ou au fin fond du désert de Zrawa) d’avoir tout donner sans compter (sans penser aux RTT, aux congés payés) de vous être investis avec tant de créativité (tous ces posts sur le blog, ces idées géniales qui traversaient le ciel du gymnase de Gabès où la terrasse de ce gîte que nous partagions avec nos amis les cafards), d’avoir été entier avec vos envies, vos préoccupations et vos obsessions (courir à 5h du matin, partir à la l’ambassade pour la demande des visas tunisiens, danser sur un palmier…) d’avoir tenu bon face à l’adversité (la harissa insidieusement glissée de partout, la tourista, la chaleur du sud tunisien, les cafards, le manque de cochon et de bière, le peu de sommeil…)» — Alissone.

Breaking news: une inondation évitée de justesse

Grâce à un sang froid extrême et une réactivité, certes limitée, due à un état de réveil profond, Grégory a évité une inondation dans la salle de bain de Chayma. La cause de l’incident? Le même Grégory a vu le jet qui sert à désaltérer la fesse, lui échapper des mains. Plus d’incompréhension que de mal et c’est bien là l’essentiel.

Lundi 30 — Retour à Tunis

La nuit fut courte. Réveil général vers 8h, bouclage de valise, douche, dehors c’est petite tempête de sable, on en mange, on grimpe dans le car. Ça pionce direct, ce qui n’empêche pas le chauffeur de faire un détour par une jolie route, on repasse dans Matmata, les trois qui ne dorment pas profitent du paysage. On file à Tunis, long trajet pour aujourd’hui. Le car est un lieu de vie, on s’y repose, écrit, dessine, Yoann dérushe et monte ses sons, Ali ses vidéos, ça chante encore, fume, prolonge les rencontres, organise la suite de l’aventure. Vers 12h30 on marque une pause pour manger un bout. 16h c’est l’arrêt makroud, 19h l’entrée dans Tunis, enfin. La grosse ville. On atteint le Lang’art, le QG des Danseurs Citoyens avec ses murs clafis de graffitis multicolores, un petit café cosy, une salle de répèt-spectacle, et à côté un grand café tout cool. On y laisse nos bagages, de plus en plus lourds avec les souvenirs qui s’accumulent. À quelques rues, Bahri nous paye un coup avenue Bourguiba. L’ambiance est nettement différente des villes que nous avons visité jusque-là, les visages des filles sont pour la plupart dévoilés, on sent une liberté plus grande et son contrepoint capitaliste, la consommation. Et puis c’est l’heure de se séparer pour aujourd’hui, par groupes de deux, disptaché dans des familles. Ce soir, chacun vivra un bout d’aventure différent!

Adrien

Dimanche 29 — Journée de fête

Ce matin on se casse de Gabès pour Douz, plus à l’ouest. Avant le car, plutôt que de poireauter les mains dans les poches, les Tunisiens s’offrent une petite session breakdance devant des enfants du coin et leurs uniformes d’équipe de foot, les visages disent un mélange d’intrigue et d’admiration.
Nouveau voyage sur longues lignes droites à travers le blanc désert, tacheté de broussailles.
On arrive, on s’installe. S’avale des sandwichs agrémentés des premières bières du voyage, que Cécilia, Ali et François ont ramenés d’une épique virée en car dans le village d’à côté. L’alcool a été trouvé à un comptoir clandestin, les flics les ont arrêtés, fouillé le car. Sans suite.
Finalement, l’exercice vaguement prévu pour l’après-midi est annulé, repos. En guise de jukebox, l’enceinte des Danseurs Citoyens traine toujours par là avec un téléphone branché, celui de Yoann nous fait danser pendant une bonne heure, dans le sable, le chaud, pieds nus, un petit air rafraichissant passant par là. Douce euphorie dont on profite sans en laisser une miette, plongés dans notre espace-temps loin de tout. Quelques Tunisiens se réunissent pour discuter, autour d’Atef, petit à petit tout le monde les rejoint. Finalement, ça cause travail scénique, et un exercice d’impro est en train de se dessiner. Je préférais l’option annulation, que j’applique à moi-même, bonne petite sieste de trois heures dans la chaleur pesante de la chambre. Apparemment j’ai raté un super moment.
Maintenant on est pressé, on doit partir au mariage du frèro d’Oumaïma! Celles et ceux qui ont trimbalé au fond des valises quelques sapes classe sont pas peu contents de les enfiler, après s’être déssablés sous une douche. La palme revient à François pour son costume deux pièces gris clair chemise blanche, GourouGabès a aussi sorti la veste, Cécilia porte une petite robe légère qui nous laisse découvrir ses beaux tatouages, Alissone toujours si élégante avec une jupe wax motifs poissons et un haut à pointillés, unis par leur bleu outremer. Moi j’inaugure une paire de pompes ramenées de Cadiz et ma jolie chemise blanche d’Hanoï. Les filles pomponnées, le car peut à nouveau partir, sur les coups de 20 heures. On marque une pause dans une sorte de centre de loisirs, café-quad-ULM-dromadaire, propriété d’un Italien sans âge, aujourd’hui c’est dommage le vent, mais hier il faisait 10 degrés de plus, soit 49. On doit faire une photo de groupe mais finalement pas. Par contre Grégory ne rate pas l’attraction animale pour faire son numéro. Pour accompagner les dernières lueurs du jour, on fait quelques pas avec Ali dans la direction du désert, océan de sable, promesse d’aventures extraordinaires.
Ce sera pour un autre jour, maintenant on boit un coup tous ensemble avant d’aller au mariage, pendant que Wael et Atef sont partis acheter de la picole. À leur retour, il nous propose d’aller grailler dans un restaurant pas loin. Nous on avait compris qu’on mangerait au mariage. De toute façon, on n’a pas le choix, et puis on se sentira moins gêné comme ça. Débarquer à trente dans un mariage d’inconnus, c’est un peu bourrin je crois.
Le restaurant est fermé par d’épaisses grilles qu’actionnent deux hommes, les videurs. Dans ce «centre d’animation», on consomme de l’alcool, chose rare par ici. Les ados sont pas les derniers à s’enchaîner les canettes de bière et le chauffeur de bus, assis à ma droite, se tape des fous rires en solo, il a l’air chargé. On reprend la route, avec à bord une équipe de tournage sortie de nulle part, Blandine est une pote de Bahri et tourne un documentaire sur les Danseurs Citoyens. La vingtaine de minutes que dure le voyage jusqu’au mariage est pure euphorie, chauffés à blanc par la nouvelle fête qui s’annonce, les jeunes reprennent en cœur les chants que distille Mohamed, ça se déchaine dans le couloir, ça chante fort, claquent les mains. Le moment est un peu gâché par l’intrusion des cameramen qui bossent avec Blandine, intrusifs au possible, on se demande ce qu’ils foutent là, pourquoi ils filment ce moment, qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir faire dire à ces images ?
Ils nous collent aux basques jusqu’au mariage. On arrive enfin, vers 23h, à la salle louée pour l’occasion, grand bloc de béton orné d’une enseigne néon rose. De l’obscurité chaude des rues à peine éclairées de Kebili, on bascule à l’intérieur de cette boîte irradiée par une lumière crue, décor blanc blanc blanc et un froid climatisé à choper la chiasse. Une grosse centaine de personnes sont installées là, tournées vers la scène et ses colonnes n’atteignant pas le plafond, assises autour de tables rondes où sont parsemés verres et bouteilles d’eau. Les musiciens se mettent en action à notre entrée dans la salle, un hasard qui nous amuse bien, on se lance tout de suite dans une danse. On est bien les seuls à bouger notre cul. Oumaïma va nous placer dans le fond de la salle. On continue de danser, sur une musique traditionnelle qui fait saigner les oreilles, amplification merdique au possible. On croirait le concours de l’anti-fête. Mais les jeunes ont l’air de trouver ça chic et, ensemble, on forme un groupe archi-motivé, on a sacrément envie de profiter de cette fiesta promise. Quelques regards se tournent vers nous, on égaye l’attente interminable des mariés. Les musiciens stoppent net après une poignée de morceaux, s’ensuit un blanc, qui dure, on attend les mariés. Le temps de passer aux chiottes, les mariés sont arrivés. Ils sont assis sur la scène, plantés silencieusement face à nous tous, dans une pantoufle-traineau en cuir blanc capitonné. La musique reprend, on redanse, toujours à fond, dans notre coin, ponctuée d’une improbable chenille conduite par Saïf. Ça déride à peine quelques spectateurs. La musique s’arrête, on attend, on attend qu’ils signent le contrat de mariage. Ensuite on attend. On attend. Commence l’universelle séance photo. On fait notre photo de groupe, les joueurs infatigables encerclant les deux sages époux, elle énorme, lui tout frêle avec sa bouille de chaton imberbe. Et on se barre, ciao le paradis blanc.
Retour à notre auberge-camping par une micro sieste dans le car et fissa on organise le dernier épisode du jour, une fête comme on les aime. Équipé de l’enceinte amplifiée, mon ordi et playlists, on se retrouve dans la reconstitution d’un camp berbère, ambiance Quai Branly rongé par le sable, avec un feu qui crépite au centre et réchauffe vite la place. Tournent les bières et le pif et, toujours et encore, on danse, on danse. On ne peut pas mettre la musique bien fort, il y a des voisins, mais on danse quand même, ça ne s’arrêtera peut-être jamais qui sait? Le gardien vient plusieurs fois nous réclamer de baisser, jusqu’à nous couper l’élec. Zèbi. On finit la fête avec les haut-parleurs de l’ordi et Colette Renard, dédicace DJ Topless, on se rentre doucement vers nos plumards. Le ciel commence à s’éclaircir, le jour déboule. Avec Luce et Sonia, qui papotaient dans leur chambre, et Ali, on marche jusqu’à la dune, on n’a pas fini de rigoler. De là-haut, les pieds plantés dans le sable fin, quatre selfies, avec ce décor d’immense et plat désert. On assiste au plus beau des spectacles. Le lever du soleil.

Adrien

Atelier d’impro collective au camping de Douz

C’est un cadre de travail très accueillant que nous trouvons ce dimanche, en arrivant à Douz. Deux groupes sont formés pour travailler sur une improvisation collective de 10 minutes autour du sable et de l’eau. Le travail d’écriture autobiographique proposé par Katell quelques jours plus tôt peut y être intégré.

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Premier groupe de travail

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Deuxième groupe de travail

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Dernier instants de la journée au coin du feu.

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